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Demain nos maisons seront faites en champignons.

In the future our homes will be made of mushrooms

 

This is not a fairy story. This is not science fiction.  Mushroom filament can be shaped into various ways to form a whole range of material that can be used from clothing to construction.

Les biomatériaux comme le mycélium permettent de fabriquer des vêtements, des emballages, des meubles… et sont biodégradables. Une entrepreneuse toulousaine nous annonce l’avènement de cette révolution industrielle.

Une chaise, une brique, une planche de surf, un sac… fabriqués en champignons ! Ceci n'est pas de la science-fiction. Depuis une dizaine d'années, des innovateurs élaborent un matériau organique et écologique à partir de mycélium, les racines blanches du champignon. Aux Etats-Unis, la société Ecovative produit des emballages, du mobilier et du « cuir » en travaillant cet ensemble de filaments. En 2014, avec l'architecte David Benjamin, elle a conçu une tour, préfigurant l'archi­tecture du futur. En France, près de Toulouse, l'entre­prise Fungus Sapiens, cofondée en 2016 par Mariana Dominguez Penalva, cultive les champignons pour créer des biomatériaux et remplacer les matières polluantes. Passionnée de biologie, elle nous explique leurs capacités insoupçonnées.

Comment obtient-on un matériau à partir de champignons ?

MARIANA DOMINGUEZ PENALVA. On commence par prélever le champignon en forêt. Puis, on expérimente ses qualités en laboratoire. Chaque espèce a ses caractéristiques. On conçoit ensuite une graine, qu'on implante dans un substrat dont elle va se nourrir. Nos substrats sont composés de déchets alimentaires et agricoles, locaux, non traités, que l'on peut mettre dans un moule d'une forme particulière, comme une brique de construction. Petit à petit, le mycélium métabolise l'ensemble. Les filaments s'agglomèrent et forment une matière. Quand ce tissu, plus ou moins épais, obtient la forme attendue, on arrête sa croissance avec des traitements naturels ou grâce au changement de température.

Que peut-on fabriquer avec ?

Tout dépend de la souche du champignon et des paramètres (humidité, température…) qu'on lui applique en laboratoire. Certains permettent de produire des textures très moussantes qui ressemblent au polystyrène. On les utilise alors pour concevoir des emballages de transport. D'autres s'apparentent à du papier, du carton, ou encore un matériau imitant le cuir avec lequel on confectionne des vêtements et des sacs. Avec d'autres souches encore, on peut aussi fabriquer des meubles, des panneaux isolants… Le potentiel du mycélium est exceptionnel.

Quels sont les propriétés et les avantages de ce biomatériau ?

Ses qualités sont nombreuses. C'est à la fois un bon tampon thermique et un isolant acoustique. Il est aussi léger mais solide, résistant à l'eau et au feu. Aujourd'hui, nous travaillons en laboratoire pour constituer un catalogue des possibilités. Le mycélium est aussi écologique, car organique et peu énergivore. Certes, c'est une matière vivante qui nécessite du temps – c'est plus long de le faire pousser que de fabriquer une brique – mais quand nous aurons les financements pour développer la chaîne industrielle et des grandes surfaces pour le stockage, ça pourra être très rentable. Dernier atout de ce nouveau matériau : il est compostable. Il représente une solution pour sortir de la pétrochimie et diminuer la quantité de déchets plastiques.

Si le mycélium se décompose, est-il suffisamment résistant pour être utilisé en extérieur ?

Le chanvre ou la paille ne sont pas des produits étanches et, pourtant, on construit des maisons avec. Après la production, le mycélium est traité naturellement pour durer. Dans une maison, on s'en servira plutôt comme isolant, entre des planches de bois, ou pour la décoration intérieure.

Est-ce un produit sain pour l'Homme ?

Tout à fait. Nous travaillons uniquement avec des champignons alimentaires et médicinaux. On pourrait même en manger, mais cela n'aurait pas très bon goût !

Emballages, petits meubles ou encore isolant, les possibilités qu’offre le mycélium sont immenses !/Mycomaterial SL  

À quelle échéance pourra-t-on vivre dans une maison en mycélium ?

On n'est pas tellement loin de l'étape de la commercialisation. Mais avant de faire homologuer des produits, il faut leur faire passer des tests afin de voir comment ils évoluent dans le temps, de quelle façon ils se dégradent. Même s'il est urgent de trouver des alternatives au plastique, il ne faut pas se précipiter et négliger la qualité. Ensuite, il y a des problèmes de normes et de certifications. Qu'il soit utilisé dans l'emballage ou dans le bâtiment, le mycélium n'existe pas dans le répertoire de l'Afnor, l'organisme français de certification. Les obstacles sont encore nombreux. Nous sommes souvent approchés par des investisseurs, mais nous cherchons encore des personnes pour nous aider à faire avancer le projet.

La Nasa s'intéresse à la myco-architecture comme une solution pour construire des habitations directement sur la Lune et sur Mars. Qu'en pensez-vous ?

C'est une idée très intéressante et un tel programme va certainement permettre de faire avancer la recherche. En tant que militante écologiste, je rappellerais seulement que l'urgence, c'est notre planète. Des millions d'euros sont consacrés à la conquête de l'espace mais c'est notre écosystème qu'il faut restaurer en priorité.

Que faudrait-il pour que cette innovation se développe vraiment ?

De la volonté et des investissements. En France, l'interdiction du plastique à usage unique d'ici à 2040, votée au début de l'année, nous a déçus. En fixant une échéance si lointaine, on ne s'oblige pas à chercher des solutions. Aujourd'hui, on trompe le consommateur avec des mots comme « biodégradable » ou « biosourcé », sans dire qu'il reste une part importante de plastique dans les objets ainsi labellisés. Il faut trouver de réelles alternatives et le mycélium est une option. Nous avons aussi besoin d'industriels engagés. De grands groupes de luxe s'intéressent ainsi au biomatériau qui ressemble au cuir car ils font face à une augmentation considérable du nombre de clients désirant des produits végans et respectueux de l'environnement. Lorsque le public exige, les entreprises sont obligées de suivre.

Par Marine Brugeron  Le 22 août 2020  www.leparisien.fr

Chaque variété de champignons (ici, des tramètes) a ses propriétés, permettant de créer, par exemple, des briques de construction. SP