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Victor Hugo déclare la «guerre aux démolisseurs»

Victor Hugo declares war on the demolishers

 

Journées du patrimoine : quand Victor Hugo déclarait la «guerre aux démolisseurs»

Avant de s’attaquer à la peine de mort et aux injustices sociales, le jeune poète, effaré de voir les vieux bâtiments être détruits, signait en 1832 un pamphlet contre ceux qui « jettent bas » les monuments. Grâce à son combat et plus encore, à son roman, Notre-Dame sera ressuscitée.

A la veille de Journées européennes du patrimoine perturbées par le Covid-19, Emmanuel Macron s'est rendu vendredi à Condom pour visiter l'hôtel de Polignac. Cet hôtel particulier du XVIIIe siècle fait partie des 18 monuments en péril à avoir bénéficié du premier Loto du patrimoine, lancé en 2018 par l'animateur Stéphane Bern, après avoir été nommé par le président à la tête d'une mission pour sauver le patrimoine en péril. Le plan de relance post-pandémie à 100 milliards d'euros prévoit 614 millions pour le patrimoine et les musées. Une grosse enveloppe qui est nul doute l'héritage d'un combat de deux siècles, initié par un certain… Victor Hugo.

« Il faut arrêter le marteau qui mutile la face du pays. » En quelques mots qui cognent, le poète cloue au pilori les « vandales » du patrimoine. L'écrivain n'a que 30 ans et un brillant avenir devant lui, mais c'est le passé qui l'obsède. Un passé qui disparaît dans l'indifférence générale à coups de maillets et de pioche. Lui, c'est la hache qu'il déterre avec le pamphlet qui paraît le 13 mars 1832 dans « la Revue des deux mondes ».  Son titre ? « Guerre aux démolisseurs ». Un « J'accuse » avant l'heure contre tous ceux qui « jettent bas » les monuments, ces « ignobles spéculateurs » qui revendent les pierres avec la complicité souvent tacite de l'administration. « Et l'on a de bonnes raisons pour cela. Une église, c'est le fanatisme ; un donjon, c'est la féodalité », dénonce Hugo, qui est, dans ses jeunes années, un monarchiste conservateur… loin du Républicain progressiste qu'il deviendra plus tard.

«Chaque jour, quelque vieux souvenir de la France s'en va»

Sa croisade, il la mène au nom de la culture française, de « l'admirable vieux Paris » qu'on démolit sous ses yeux, mais aussi de l'esprit universel : « il y a deux choses dans un édifice, son usage et sa beauté ; son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde ; c'est donc dépasser son droit que de le détruire », argumente l'écrivain, en exigeant une « loi » pour défendre « ce qu'une nation a de plus sacré après son avenir : une loi pour le passé. »

Le XIXe siècle qui démarre n'a, il est vrai, que du mépris pour les vestiges d'un Moyen Age. Vieilles tours et églises gothiques tombent comme des dominos, chassées par le style néoclassique, qui remet au goût du jour la mode antique. 

Le sauveteur de Notre-Dame

Dans son appartement, il a mis la dernière main aux aventures de Quasimodo et d'Esmeralda. Mais le personnage principal de ce roman-fleuve, c'est la cathédrale, qui tombe alors en ruines. Lors de son sacre en 1804, Napoléon avait même dû couvrir l'intérieur de tentures pour masquer les outrages du temps. Le joyau gothique, jadis célébré comme une des merveilles de l'Europe, n'est plus qu'un vaisseau fantôme agonisant au cœur de Paris. On envisage même sa destruction. Perspective insupportable pour Hugo, qui s'y est évidemment attaché en écrivant son livre. Elle est à ses yeux le nombril de la capitale, un lieu où se retrouve physiquement et symboliquement le peuple. En rendant vie à ses vieilles pierres, Hugo a interpellé les consciences… et sans doute sauvé Notre-Dame.

Notre Dame de Paris vue des quais de la Seine à Paris, en 1830. /Selva/Leemage  

En 1835, François Guizot, ministre de l'Instruction publique, crée le Comité des monuments inédits, où Victor Hugo siège avec l'écrivain Prosper Mérimée. Neuf ans plus tard, l'architecte Viollet-le-Duc — qui s'inspirera du roman pour ses gargouilles — est chargé de la restauration de Notre- Dame. Elle va prendre vingt ans.

 La cathédrale colle tellement à la peau de l'auteur que l'on dit que ses tours dessinent un H… comme Hugo ! Il y a posé sa « griffe de lion », écrit l'historien Michelet. De prophète aussi, à en juger par les lignes visionnaires de sa « Guerre aux démolisseurs » en 1832. « Ces monuments, écrit-il, sont des capitaux. Un grand nombre d'entre eux, dont la renommée attire les étrangers riches en France, rapportent au pays au-delà de l'intérêt de l'argent qu'ils ont coûté. Les détruire, c'est priver le pays d'un revenu. » Bien vu !

Par Charles de Saint Sauveur Le 19 septembre 2020 
www.leparisien.fr

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